Olga Mathey | Artiste
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Olga Mathey est née à Toulouse en 1990 et s’installe à Bruxelles en 2008.

Depuis toujours, elle aime se balader la chair au vent et creuser dans la terre à mains nues.

Son travail est axé autour de l’érotisme, du rituel, du sacré. Il s’inscrit entre poésie et malaise, entre pieux et païen.

 

Il interroge la dualité. Masculin/féminin, attirant/repoussant, naïf/obscène.
Sous des airs délicats et distingués, il se révèle terreux – tumultueux – instinctif – viscéral.
Il craque – grogne – crie – jouit sans vergogne et sans détours pour faire rougir le silence.
Il parle de ce qui se passe à l’intérieur, dans nos paysages anatomiques, dans nos fluides, nos rencontres, nos silences, nos rêves, nos angoisses, nos désirs, nos absurdités.

Dans tout ce que l’on ne peut comprendre ou diriger (dieu merci …) .

Pour elle les corps sont les fragments d’un paysage en perpétuelle mutation.

 

Olga aime l’accident, l’imparfait, l’inattendu ce qui explique sa nécessité de broder à vif sans au préalable dessiner sur le tissu, et son goût pour la performance.

Une échappée d’un an au sud du Mexique en 2013 a confirmé son goût pour les rituels, les femmes fortes et les catcheurs. Pour l’auto dérision aussi et le plaisir de rire de tout.

 

Entre 2015 et 2017 elle lance deux laboratoires de recherches sur les curiosités érotiques,

des espaces évolutifs et participatifs questionnant les sexualités hors cadre.

Elle met également en scène des court-métrages et prends plaisir, par le biais de la vidéo, au travail en collectif, là où la broderie est une pratique fort introspective et solitaire.

 

Au printemps 2018, nait CABANE.MURMURE, une errance érotique électro-bruitée.

Cabane.Murmure ce sont les textes érotiques d’Olga Mathey sur une nappe sonore toute en vents et marées, en écumes et remous interprétée par Frédéric Becker et Anne Collet.

Ensemble ils créent des paysages sonores et anatomiques qui font rougir le silence.

Les mots d’Eymeric Jacquot – ami de longue date et précieux – à propos de mon travail:

 

En italiques, les mots d’Olga Mathey
En gras, ceux de Benjamin Péret

 

En regardant les mains de ma mère coudre, je n’y voyais qu’une vieille manie. Je savais pourtant que celles aussi des faiseuses d’anges étaient parfois couturières…

Maintenant quand maman coud, son fils, son ange, la regarde autrement. Je pense à tous ces points de croix qu’elle a connus, pour que moi, qui suis bien là, je puisse la regarder percer son ouvrage.

Quand ma mère a découvert la broderie d’Olga Mathey, c’est elle qui m’apprit à le regarder.

Elle m’expliquait les techniques, à la main, à la machine, elle posait son doigt là, sur un nœud de fils roses, pour mieux me raconter les prouesses de la brodeuse.

Elle se fichait absolument que ce soit l’érection d’un homme que nous regardions ensemble ; elle admirait le travail à voix haute, tout simplement.

 

Le rapport entre broderie et érotisme est venu tout seul à mon esprit. Le fait de transpercer le tissu avec une aiguille, c’est une forme de pénétration. Lorsque je couds, je me pique, je saigne. C’est un acte viscéral.

 

Dans l’atelier d’Olga Mathey, je l’ai vu à la télé, il y a la Vierge Marie dans une petite niche en bois. Elle ne porte rien que le grand ordinaire, son voile sur ses cheveux. Elle nous fixe un peu absente, le visage légèrement détourné ; quelques fils suffisent. Ses lèvres sont bien pleines, très rouges. Assise, les fesses dans les fleurs, les cuisses ouvertes sur sa toison noire, un squelette lui tète le bouton.

 

Une prière des Rouilles encagées me revient :

 

Le voici le con si doux

Le vrai pain des couilles

dont les poils nous chatouillent

jusque dans la bouche

 

Benjamin Peret. Olga Mathey. Serrez-vous la main, vous serez amis.

 

Regardez Benjamin Péret comme elle écrit :

J’aime ma vulve. Elle est comme une petite statuette de vierge cachée dans sa chapelle de chair, il faut s’y recueillir et la chérir souvent, pour atteindre l’extase du sacré.

 

Entre elle et vous il y a quarante ans et le Mexique:

Quand je suis arrivée au Mexique, je me suis rendu compte que pour ouvrir mon champ de travail, j’avais envie de m’inspirer des histoires des autres. J’ai alors commencé à interroger des personnes sur leur rapport à la sexualité.

 

Et elle est bien dans votre bande :

L’érotisme est un des fils rouges de mon travail, l’érotisme surréaliste qui ne rencontre aucune limite morale ou culturelle et se révèle au détour de nos rencontres, nos silences, nos rêves, nos angoisses, nos désirs, nos étrangetés…

 

J’aime les couturières quand elles portent leur doigt piqué à la bouche. Cette petite bulle de sang, à l’index souvent, que la langue cautérise.

Quand je regarde le travail d’Olga Mathey, je n’y pense plus, je n’ai plus besoin de mon imaginaire pour rêver.

J’observe plutôt toute cette contorsion des corps qui se galipettent sans dessus ni dessous. L’espace dans ces tableaux brodés est aboli, un fil, un motif et les corps éloignés s’unissent.

Là par exemple sur un abat-jour : Au centre, le visage masqué, une femme est arrêtée. Elle est dans cette position de gymnaste, quand le pied rejoint la main tendue à hauteur d’épaule.

Elle est comme suspendue en l’air, très à l’aise. Les cheveux noués, une longue natte court entre ses seins pointus jusqu’à sa vulve. Son sexe avale un bois de renne rouge, parure d’un autre masque, celui d’un homme cette fois. Tête en bas, il la masturbe en faisant le poirier.

Tout est renversé, enchevêtré, lové ensemble. La sexualité éclate partout de rire ! C’est obscène comme l’enfance.

 

J’aime savoir qu’Olga Mathey travaille sans filet, à l’instinct, l’aiguille dessinant sur le tissu le sismogramme de sa fantaisie :

C’est une démarche qui vient de l’intérieur, elle est viscérale, elle sort de ma tête et mes doigts la suivent. C’est la patience qui m’anime. Prendre le temps de prendre le temps, de répéter à l’infini un même geste. Je brode toujours dans l’inconnu, l’inconnu de ce qui va apparaître, car toujours, jamais je ne dessine sur le tissu avant de le piquer. Ce qui ferait peur à certains est ce qui m’anime et me rend vivante- l’incertain – l’imparfait – l’inattendu.

 

Finalement, je reviens à ma mère. La tête penchée, les yeux derrière ses loupes, une grimace barrant sa bouche, extrême concentration, elle coud. Quoi ?

Un alphabet, un château, un bestiaire… En tirant un fil elle lève la tête, elle est surprise de me voir là qui la regarde.

On se sourit et puis en cherchant son point du bout de l’aiguille, le nez à toucher le tissu, elle me dit :

« Ce n’est pas du virtuose comme ta copine Olga, mais ça passe le temps. On est moins con quand on coud… »