Olga Mathey | La Rencontre
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La Rencontre

 

 

4 Décembre 2015. Ce jour là je suis à Porto. Un coup de tête, un besoin viscéral d’un voyage introspectif d’une semaine seule dans l’inconnu.

C’est à la fois pesant et léger.

Depuis un café internet, j’ouvre mes mails et c’est le début de l’histoire la plus incroyable de ma vie…

 

Roxane, inconnue jusqu’ici, m’a écrit un touchant message.

Elle vit une histoire d’amour épistolaire avec un inconnu – et déjà, c’est troublant – troublant de découvrir quelqu’un qui plonge comme moi, entière et nue, dans l’inconnu, le hasard et ses folies.

De ce premier mail en découleront plus d’une centaine, des lettres incroyables, des confidences enregistrées et surtout, la sensation étrange d’avoir affaire à un reflet.

 

Plus les confidences avançaient et plus nos vies semblaient similaires.

Quasi même date de naissance, celles de nos mères aussi, des mères qui font le même métier, des pères absents, des études de costumières, une tendance à la rêverie et à la réalisation de folies…

On en a le tournis, ça nous fait battre le cœur comme une histoire d’amour.

 

Alors, après plusieurs mois de confidences à une inconnue, nous décidons une rencontre de chair et d’os à la hauteur de notre histoire.

Choisir un lieu à égale distance de nos villes respectives: Bruxelles et Paris.

Ce lieu devait être vierge de tous souvenirs.

WISSANT.

Un Hôtel. Deux Nuits. La Mer. Un Appareil Jetable. Des Enregistreurs Audio. Et La Pluie.

 

Depuis, les mails se sont espacés, mais l’amitié qui grandit est une des plus libre, précieuse, intense…

Elle laisse sous la peau la sensation d’une tension permanente qui nous maintient toutes deux debout et exige de faire de la vie une folle poésie permanente.

Les hasards, les rencontres, et les plus insignifiantes petites choses prennent des dimensions exceptionnelles.

 

Quand je lui ai demandé d’écrire à propos de notre rencontre, Roxanne écrit ça:

 

 

« Ma rencontre avec toi Olga me fait penser que la vie peut être généreuse si nous avons l’exigence de travailler chaque jour à sa poésie.

Je crois que toute la beauté de notre histoire vient de cette exigence de rester toujours éveillées, d’être des archéologues de l’intime autant que des cueilleuses de quotidiens.

 

Ce n’est pas simplement une amitié, c’est un laboratoire créatif qui manipule nos portions de VIE à chacune.
Tu es celle qui me permet d’ouvrir mon ventre et de regarder ce qui s’y passe au microscope.
J’en extrais ……………………………………………………………………….. le jus pour peindre les lettres que je t’envoie.

Paris-Bruxelles avec des morceaux purs de nous-même.

Le rose du papier est celui de nos chairs découvertes.

Les mots sont crus, coupés dans nos flancs, sucés dans nos moelles.

Ils sont le reflet fidèle de ce qui nous traverse, se foutant bien d’être beaux, d’être laids puisqu’ils sont avant tout vivants.

 

C’est ça.

 

Vivants, vivantes, nous sommes chacune témoins de l’existence de l’autre.
Spectatrices actrices, musiciennes jouant de cette corde fragile, provoquant vibrations délicates et séismes au fond de nos squelettes à fleur de peau.

 

Nous évoquons souvent l’idée de faire un projet ensemble mais ce projet n’existe-t-il pas déjà?

Entreprise à la marge du réel, entre fantasme et hyper réalisme.

De la crasse sous nos ongles à la merveilleuse abstraction d’un univers crée de toutes pièces, passant de l’un à l’autre, les mélangeant comme une matière indissociable.

Nous la malaxons en rythme pour que coule une intarissable source dans nos veines. »

 

Pour entrevoir le travail magnifique de Roxane:  http://nuitephemere.com/