Olga Mathey | Textes
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14 mai

Ce matin, c’est de ton désir que je me suis habillée

 

 

15 mai et autres errances

(parce-que je suis allée trop loin)

 

Je suis allée chercher dans l’intérieur de ton ventre pour y manger ton égo
j’ai enfanté ta jouissance par mon vagin
pris de convulsions tu t’es étalé de tout ton long sur mon corps
tel le poisson sur le rivage

Alors

J’ai entonné la pluie comme un chant
comme pour perdre pied
et mon corps tout entier
j’en ai les jambes qui frétillent et l’estomac qui craque

ça fait tourner les enfants dans ma tête quand tu serres tendrement – juste ce qu’il faut – mon cou

J’ai refoulé mon râle jusqu’à m’étouffer presque
et lorsqu’il s’est fait masse
qu’il est devenu touffe – poils – herbes sèches dans ma gorge

Alors

alors je l’ai expulsé comme un chant informe mais venu des profondeurs

Je t’inonde de mon cri.
Tu m’inonde de ta matière.
Le temps n’est plus.
L’espace non plus.
Ta pluie m’apaise.

 

 

J’aime ma vulve
elle est comme une petite statuette de vierge cachée dans sa chapelle de chair
il faut s’y recueillir et la chérir souvent pour atteindre l’extase du sacré

 

J’ai une amie mort

elle est vraie

elle s’est mise à nu

elle est un paysage

elle s’est fondue dans le paysage

et dans les roches,

entre les touffes d’herbe

mortes elles-aussi

Quand je la caresse, mon amie mort

je sens ses creux – trous – orifices

elle est poreuse

elle est comme ces galets qui regardent la mer

balayés par le vent salé

elle s’est libérée du temps

 

 

extrait de cahier – juillet 2015

immisce-toi
immisce-moi
éprouve-moi
étripe-moi
expose-toi
explose-moi
irrigue-moi
intrigue-toi
mastique-moi
masturbe-toi
mixture-moi
mélasse-moi
grignote-moi
grandit-toi
bouillasse-moi
bastingage-toi
bouillabaisse-moi
sans pitié fais-moi chavirer
fais-moi regretter d’avoir trop manger
jusqu’à plus soif explore-moi

 

 

extrait de cahier – mai 2016

J’ai pris le large à l’angle de tes extrémités les plus saillantes.
J’ai murmuré suavement à l’oreille de tes monts et vallées.
Instinctivement je me suis mise à pleuvoir, gronder, grogner, crier.
Et si j’avais pu te déshabiller de ta peau, j’aurais chéri chacun de tes os.
Je m’y serais gratté le dos en m’allongeant en leurs creux, y aurait laissé courir ma langue et ma peau jusqu’à m’y écorcher presque.
Puis, très lentement, j’aurais enfoncé les plus longs, les plus polis au plus profond de moi.
Et toi, toi nu comme la pierre, sans plus d’arrogance pour te cacher, toi, tu dévoilerais ainsi à moi tes plus belles aspérités, tes plus belles failles et blessures du temps, tes douces et charmantes imperfections…

 

 

extrait de cahier – mars 2016

Elle s’était éprise d’une passion pour les creux des corps des gens.
Chaque creux pourrait être le lit d’un lac artificiel.
Ce serait beau un corps qui porte des lacs elle se disait. Ce serait même apaisant en fait. On pourrait s’y laver, s’y abreuver.
Chaque geste serait alors plus prudent, plus conscient, pour ne pas renverser les lacs.
Où au contraire, dans la panique, la colère ou l’extase, les corps éclabousseraient l’espace de l’eau des petits lacs.
Ce tourbillon d’émotions fini, les lacs à sec se re-rempliraient doucement du fond jusqu’au bord et ça serait comme ça tout le temps.
Quand les gens feraient l’amour, ils laisseraient autour d’eux, sur les draps, sur le sol, sur les meubles, sur l’herbe fraîchement coupée, sur les murs, ils laisseraient des flaques de l’eau des lacs.
Éclaboussures fragiles et éphémères.
Les gens ne se considéreraient alors pas comme des individus mais comme des fragments, des extraits d’un grand paysage perpétuellement changeant.
Ce serait apaisant elle se disait.

 

 

extrait de cahier – juillet 2017

J’ai envisagé l’amplitude de ton corps

la justesse de tes mouvements

la rudesse de tes grognements

J’ai balayé d’un revers de jupe ton regard exténuant

tes soupirs rougissants

et la marée montante

quand d’extase je me meurs un petit peu

juste un peu l’expérience de l’errance

de l’errance et du saut

entre tes reins

au creux du vice

et sur mes seins

contre l’écorce

et sur l’asphalte

sous mon odeur

sous ton ardeur

dans la chair fraîche

et sous la pluie

quand tu m’assailles

quand je surgit

quand je t’avale

que tu regardes

quand tu rugis

quand je m’étouffe

et tu souris

quand on s’essouffle